Des paysans, les initiateurs du karate?

Publié le par Tijigaya

Il existe un mythe prégnant dans le monde des arts martiaux: celui des paysans qui résistent à l'envahisseur en créant des méthodes de combat. Pour séduisante qu'elle puisse paraître, à y regarder de plus près, cette théorie est loin d'être réaliste. Peut-on imaginer quelqu'un qui travaille durement toute la journée trouver le temps et l'énergie de créer des systèmes qui demandent justement un certain détachement du quotidien? Il n'est pas ici question de dire que les paysans en furent incapables, il s'agit uniquement de replacer les choses dans leur contexte. Nous verrons que les arts martiaux sont le fait de gens issus des classes supérieures de la société, seules classes qui, libérées dans une certaine mesure du soucis de créer les conditions matérielles sans lesquelles on ne peut vivre, pouvaient se consacrer à un travail de recherche, d'abstraction et de création.

La propagande japonaise

Il y a nécessité d'étudier d'où on parle, comme disait Roland Barthes. En effet, le mythe  a deux origines qui se confondent, une socio-historique, l'autre due à la propagande japonaise:

1/ en raison de la mauvaise santé économique de la région au XIXe siècle, de nombreux arsitocrates ont dû "mettre la main à la pâte", et s'occuper eux-mêmes de leurs terres;

2/ nous avons eu connaissance du karate d'okinawa à travers le prisme de la vision japonaise: les Okinawaïens ont toujours été plus ou moins traités avec mépris, l'injure suprême étant "paysan".

On le voit, ces deux faits vont se confondre pour donner naissance à l'idée selon laquelle le karaté est un art de paysan. Cette théorie est séduisante pour deux raisons: du côté japonais, elle permet de continuer à traiter avec condescendance les habitants d'Okinawa, du côté de l'Occident, il me semble qu'elle répond à une vision romantique du peuple opprimé. Dans les deux cas, il faut constamment revenir à l'histoire et à la réflexion sous peine de ne rien comprendre à ce phénomène culturel et d'entretenir le mensonge.

Une pratique aristocratique

Quoi qu'il en soit, selon Lionel Lebigot, les experts dont nous avons gardé une trace historique étaient tous  plus ou moins militaires (donc appartenant aux classes supérieures si l'on se réfère à la division en neuf classes de la société d'Okinawa au XIXe siècle et avant), et de surcroît on peut attester de leur descendance noble par les kanji utilisés pour leurs noms qui se transmettaient de génération en génération (signe distinctif des familles aristocratiques).

Source: Karaté d'Okinawa, Lionel Lebigot

Publié dans Histoire

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Hanchindi 17/02/2009 07:53

Articles intéressants. Bonne continuation, chibariyo!!!Merci de me citer.

Tijigaya 17/02/2009 10:25


Merci beaucoup! Je n'aurais jamais espéré que vous soyez le premier à commenter mon blog! J'espère pouvoir partager correctement ce que j'ai appris et ainsi améliorer la pratique du karate par la
connaissance de son histoire et de sa culture. En tant que référence, je serai amené à vous citer souvent, j'espère que vous ne m'en voudrez pas...